Le viager

VENDRE EN VIAGER

Lorsque j’ai débuté dans le notariat, le viager était courant. En effet, il y a une soixantaine d’années, les retraites n’étaient pas généralisées et beaucoup n’en percevaient aucune. Il fallait travailler ou lorsque cela était possible, vendre en recevant une « rente » tous les mois.

Les retraites se généralisant, le viager a perdu de son « utilité première ».

Aujourd’hui les retraités, et j’en sais quelque chose, ne perçoivent pas toujours les moyens de vivre décemment. De plus en plus de retraités sont contraints de retravailler et il ne se passe pas une semaine sans que l’on me cite un cas.

Quels sont les avantages tant pour le vendeur que pour l’acquéreur ?

Pour le vendeur :

  • Percevoir une petite somme d’argent permettant de faire ce que l’on ne peut plus faire (un voyage, changer la voiture, aider un descendant à s’installer… ) ;
  • Rester dans sa maison jusqu’à la fin de sa vie ;
  • Percevoir une rente qui améliore le quotidien ou permet d’aller dans une maison de retraite ou une résidence senior ;
  • Une rente qui suit le coût de la vie… ce qui n’est pas le cas des retraites !
  • Ne plus avoir à faire face aux grosses réparations qui peuvent survenir…

 

Pour l’acquéreur

  • Achat à un prix très inférieur au prix du marché puisqu’il sera déduit la valeur de l’usufruit réservé par les vendeurs ;
  • Un paiement à « crédit » sans intérêts, si ce n’est une revalorisation de la rente suivant le coût de la vie.
  • Constitution d’un capital qui pourra à son tour être transformé en rente…
  • Malgré le fait que l’immobilier subit des « hauts et des bas » sur quelques années, jamais le capital immobilier n’a diminué. Si l’immobilier n’était pas sûr dans le temps, les compagnies d’assurances n’investiraient sûrement pas dans ce type de biens !

Certains, que ce soit du côté vendeur ou acquéreur, ont un a priori sur la vente en viager compte tenu du fait que ce type de vente est lié au décès des vendeurs. Qu’en est-il ?

Le viager ne fait pas mourir ! C’est comme pour la rédaction d’un testament. Cela ne fait pas mourir. Dans le coffre-fort de ma petite étude de campagne je détenais une centaine de testaments… et bon nombre de ceux que j’ai trouvés en arrivant y étaient encore lorsque j’ai démissionné onze ans après !

« Et si je meurs trois mois après la vente, l’acquéreur a ma maison pour une bouchée de pain ! » C’est plus ou moins exact. Cela peut arriver et, il parait…, que cela est arrivé au Général de Gaulle. Il aurait acheté en viager la Boiserie et la propriétaire est décédée quelques mois après. Cela est une exception. Par contre il y a une autre exception, celle de l’acquéreur qui a acheté à Madame CALMANT !!!

Il faut savoir que si le vendeur en viager décède dans les trois mois de la maladie dont il était atteint au moment de la vente, celle-ci est annulée. Le droit est moral, d’ailleurs issu de la morale, il n’est donc pas possible de « spéculer » sur la mort de quelqu’un.

Les acquéreurs vont « prier » (j’exagère ! …) ou pour le moins « attendre » la mort du crédit rentier. Je ne l’ai jamais vu ! Cependant j’ai vu de réelles amitiés qui se sont liées entre les crédirentiers et les débirentiers.